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Le concept de «smart cities» (villes intelligentes) est assez récent: il date du milieu des années 2000. Combiner économie, écologie et technologie dans l’approche architecturale et urbanistique représente un défi colossal qui n’en est encore qu’à ses balbutiements.

smart city«Le concept est encore largement théorique et fait l’objet de débats quant à sa définition», confirme Maximilien Ast, Managing Director du bureau d’ingénieur-conseil Drees & Sommer Luxembourg. «Ce que nous savons, c’est que nous cherchons à ce que les bâtiments et les villes intelligents répondent aux besoins futurs des utilisateurs finaux. Cela concerne tous les domaines qui affectent la vie dans une zone urbaine, dans le but de rendre les grandes villes plus efficaces, plus propres, plus durables et plus vivables.» Ce concept devrait permettre également de proposer des villes plus résilientes susceptibles de mitiger les effets du changement climatique et d’optimiser l’utilisation des ressources naturelles et leur valorisation in situ.

Les technologies sont bien évidemment au cœur de ce concept: contrôler l’éclairage et la climatisation de bâtiments, gérer les flux de véhicules, l’approvisionnement en énergie, les déchets/ressources, les éclairages publics… De la théorie ? Peut-être. «Mais de plus en plus, des éléments de villes intelligentes sont demandés ou envisagés dans le cadre de nouveaux projets, qu’il s’agisse de bâtiments individuels ou de projets d’ensemble», constate M. Ast. L’avenir est en marche.

Un gain de valeur

Le «mieux-être» des citoyens est clairement l’objectif visé par les «smart cities» (un air plus pur, une gestion plus efficace du trafic, un meilleur accès aux services de santé, aux déplacements, à l’éducation…). La thématique avait été abordée fin 2019 dans un workshop dédié organisé par Luxinnovation, auquel Drees & Sommer avait participé. «Nous sommes persuadés qu’il y aura encore beaucoup d’autres occasions d’échanges sur des sujets innovants aideront à faire avancer les sujets ‘digitalisation’ et ‘économie circulaire’», assure M. Ast.

Charles-Albert Florentin, manager du Luxembourg CleanTech Cluster chez Luxinnovation, confirme que la thématique sera traitée de nouveau prochainement. «Cela se fera à travers notamment la mise en place de projets collaboratifs inter-entreprises dans le cadre du programme Fit 4 Circularity et l’identification et la valorisation, en lien avec la Chambre de Métiers et la Fédération des Artisans, de technologies circulaires au sein des entreprises du bâtiment».

En attendant le déploiement à grande échelle de tels concepts, les actions engagées sur la circularité des bâtiments permettent déjà d’envisager des réelles avancées en matière environnementale. Le lancement en 2019 par le ministère luxembourgeois de l’Économie, de la Product Circularity Datasheet Luxembourg (PCSD, fiche de données sur la circularité des produits) permet la mise à disposition de données fiables sur les propriétés circulaires des produits.

«Lors de l’évaluation du potentiel de circularité d’un bâtiment, nous vérifions tous les matériaux sur la base de données homogènes: contenu recyclé, composition, scénario de fin de vie/utilisation», explique M. Ast. «Ainsi, les bâtiments deviennent de véritables dépôts de matières premières qui conservent leur valeur matérielle. Le capital investi dans les matériaux de construction n’est pas perdu, mais est à nouveau libéré. D’après nos calculs, cette approche dite ‘Cradle to Cradle’ peut augmenter la valeur des bâtiments jusqu’à dix pour cent par rapport aux bâtiments conventionnels. Pour les investisseurs, les développeurs de projets, les fabricants et les constructeurs, ce principe de conception représente une opportunité claire d’innovation.»

BIM et BMS, le duo gagnant

Maximilien AstDes outils tels que le Building Information Modelling (BIM), avec lesquelles sont modélisées toutes les informations et les données propres à un bâtiment, permettent alors une approche concrète et minutieuse. Ces informations sont ensuite documentées dans le «Passeport matériel» à travers le Building Material Scout (BMS). «Chaque objet propre à un bâtiment est relié à des informations spécifiques fournies par le fabricant. Nous calculons alors le poids de chaque produit et matériau, et évaluons chaque groupe en fonction de différents critères: source, récupération, séparabilité, démontabilité, carbone incorporé et santé des matériaux. Les informations stockées dans le Passeport matériel, issu du BMS, permettent de créer un processus transparent et accessible, qui met en évidence les facteurs-clés et les critères d’évaluation de la circularité d’un bâtiment».

Le développement du BMS a tout changé en matière de gestion des données, quand on sait que plus de 5.000 produits spécifiques différents peuvent se retrouver dans un même bâtiment, provenant de divers pays et continents.

Les outils BIM et BMS ne sont pas encore très déployés au Luxembourg, le marché étant encore en train de se chercher concernant la digitalisation et la circularité. «Il y a encore beaucoup à faire dans le domaine de l’économie, mais aussi dans les mentalités. Je note tout de même qu’un changement est en train de s’opérer dans ce domaine. Les premiers pas sont franchis dans la bonne direction», se réjouit M. Ast.

Du reste, les constructeurs reconnaissent de plus en plus l’avantage du BIM. Le chantier du Centre Hospitalier Emile Mayrisch (CHEM) ou du CHL, ainsi que celui de l’Incubateur Automobile à Bissen, font appel – avec succès – à cet outil.

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