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Avec plus de 200 personnes présentes au Centre culturel d’Hesperange ce jeudi 19 octobre pour la 3e édition du Wood Cluster Forum, le constat est clair: le secteur du bois a le vent en poupe. Sasha Baillie, la CEO de Luxinnovation, ne s’y est pas trompée dans son allocution d’ouverture: «Votre présence, en nombre, ce matin, montre à quel point la filière bois est une thématique-clé au Luxembourg et que tous les échanges autour de ce sujet revêtent d’une haute importance.»

Stratégies et facteurs de réussite pour le secteur du bois au Luxembourg; présentation de projets innovants et de projets-phares régionaux dans le domaine de la construction en bois; focus sur les bonnes pratiques en matière de réductions d’émissions de carbone, avec un accent sur les exemples de mise en œuvre au Luxembourg et dans la Grande Région; aperçu des projets durables le long de la chaîne de valeur du bois qui contribuent de manière significative à la réduction de l’impact climatique du secteur de la construction au Luxembourg… les experts et panélistes invités à ce Forum ont décliné la pertinence du matériau bois sous toutes ses formes, illustrant leurs propos de bon nombre d’exemples concrets.

Des barrières à franchir

«Nous voulons faire du matériau bois un choix naturel pour les constructions à plusieurs étages», a expliqué Niels Morsing PhD, Directeur du Danish Technological Institute venu présenter le projet européen «Build-in-Wood» dont il assure la coordination.

En dépit d’un certain nombre de barrières, liées au manque de savoir-faire industriel, d’absence de standardisation technologique, réglementaire ou législative ou encore la carence en informations «open-source», ce projet a permis de mettre en place des systèmes de design et de construction pour des immeubles en bois à plusieurs étages ainsi que des immeubles de démonstration pour des tests ultérieurs. «Nous avons aussi développé une véritable collaboration internationale pour la construction en bois», a-t-il précisé.

La «communauté» qui s’est développée autour de ce programme réunit actuellement plus de 200 membres au travers de l’Europe, alors que le consortium en lui-même compte 21 partenaires de 12 pays différents (Allemagne, Angleterre, Autriche, Canada, Danemark, Espagne, Finlande, Grèce, Italie, Norvège, Roumanie et Suède).

Un écosystème dynamique

Au Luxembourg, la filière bois représente plus de 1.500 entreprises privées intervenant directement ou indirectement dans les neuf maillons qui composent la chaîne de valeur, comme l’a révélé Ralf Köhler, Manager du Luxembourg Wood Cluster chez Luxinnovation, dévoilant les chiffres de la mise à jour de la cartographie du secteur, dont la version précédente datait de 2019.

L’équipe Market Intelligence de Luxinnovation a entièrement adapté et analysé la cartographie du secteur du bois en détail dans le cadre de la nouvelle méthodologie de l’écosystème de facilitateurs de la durabilité au Luxembourg.

Plus des trois-quarts des entreprises recensées comptent moins de 50 salariés et 60% moins de 10. «Cette analyse montre un écosystème dynamique, en évolution continue. Près d’un cinquième des sociétés existantes a été créé entre 2019 et 2022», a précisé M. Köhler.

Une soixantaine de ces entreprises entre dans la catégorie des «facilitateurs du développement durable», axées notamment sur les bâtiments intelligents, l’efficacité énergétique et l’économie circulaire.

C’est pour tout cet écosystème que le Luxembourg ,Wood Cluster œuvre depuis sa création en 2017. «Mettre en place une véritable économie circulaire des matériaux et produits en bois issus de la construction est une priorité, en mettant l’accent sur les ressources locales», a encore indiqué M. Köhler.

Les récentes évolutions législatives vont dans le bon sens, a estimé Gilles Reding, Directeur Conseils & Services à la Chambre des Métiers. «Toutes les récentes initiatives prises, que ce soit la Loi Climat de 2020 ou le Plan national intégré en matière d’énergie et de climat, sont une grande chance pour le secteur bois. L’un des défis à relever sera celui de la main d’œuvre qualifiée. Nous multiplions les initiatives à ce sujet avec la Fédération des Artisans.»

Penser local

La durabilité était au cœur de tous les discours et interventions de ce Forum. Pour Mark Weber, Administrateur-délégué de Steffen Holzbau, par exemple, il est important de capitaliser sur l’acceptabilité de plus en plus grade du matériau bois. «Il est essentiel pour empêcher les émissions de CO2», a-t-il rappelé.

Selon lui, le message est bien passé, car architectes et ingénieurs intègrent de plus en plus souvent le bois dans leurs réflexions, mais aussi dans leurs spécialisations. Avec une limite «physique» incontournable: la limitation des ressources «régionales». «Pouvoir davantage s’appuyer sur le bois local nécessite d’être innovant et de travailler avec des ingénieurs capables d’optimiser l’utilisation de ce matériau, pour être toujours plus efficaces avec le moins de bois possible.»

Alex Gambroudes, Directeur Kronospan Luxembourg, n’a pas dit autre chose quand il a estimé que le seul moyen de construire vite et durablement, c’est d’utiliser le matériau bois. «Et l’objectif est d’atteindre la durabilité en misant, à terme, sur un taux de bois recyclé de 50%. Il est pour l’instant de 20%.»

Si on continue à ne penser que béton et acier, on ne trouvera pas de solution CO2. (Mark Weber, Steffen Holzbau)

C’est aussi dans cette direction qu’avance le développeur immobilier IKO Real Estate, qui s’engage dans tous ses projets dans une démarche d’objectif global de réduction de l’empreinte carbone. «Pour cela, nous privilégions la composante ‘Rénovation’, sachant que démolir et reconstruire a un plus gros impact sur les émissions carbone. Et dans ce contexte, il est évident que le bois permet aussi de réduire l’empreinte carbone de manière conséquente», a expliqué Stéphane Valet, directeur de projet chez IKO.

Régis Bigot, Innovation Project Manager chez Neobuild, a pour sa part insisté sur les bons usages à faire du bois, au-delà des seuls aspects technologiques. «Des choses simples peuvent aussi être efficaces», a-t-il rappelé. «N’oublions pas que le bois, même s’il est clairement un matériau d’avenir, n’est pas non plus inépuisable. Préserver le bois dans son environnement naturel, sur pied, est aussi important que de le couper.»

Du côté de Ordre des Architectes et des Ingénieurs-Conseils (OAI), c’est une tâche au quotidien de faire en sorte que les contraintes – et parfois incohérences – administratives et financières, s’amenuisent. «Nous recommandons par exemple la mise en place d’un document de prescription unique qui régit la construction en bois. Il n’est pas nécessaire de réinventer la roue pour cela: il suffit de s’inspirer de pays voisins ayant une longue tradition de la construction en bois.»

Une feuille de route «bas carbone»

Dans le cadre d’une collaboration menée avec le Ministère de l’Énergie et de l’Aménagement du territoire, l’OAI travaille depuis 2020 sur une étude pour l’utilisation de matériaux de construction biosourcés au Luxembourg. Après l’identification, auprès d’une quarantaine d’entreprises actives sur le terrain, des freins et problèmes rencontrés, des pistes de solutions sont en cours d’élaboration dans le cadre de quatre groupes de travail distincts: (i) Cadre légal et réglementaire; (ii) Pacte matériaux biosourcés; (iii) Best Practices / Projets phares en matériaux biosourcés; (iv) Aspect financier de projets durables.

«Cela passe par des projets tels que la rédaction d’une première ébauche pour une charte relative à un pacte pour matériaux biosourcés, la mise en œuvre d’un appel à projets-phares ou bien encore l’élaboration d’un premier Vademecum sur les subventions pour les projets durables», a décrit Laurent Heinen, Ingénieur-associé chez INCA Ingénieurs Conseils Associés.

C’est dans cette même approche concrète que le gouvernement avait présenté, à la mi-juin, la «Feuille de route construction bas carbone» pour le Luxembourg. Cette initiative répond à trois objectifs, comme l’a rappelé Paul Schosseler Directeur au sein du ministère de l’Énergie et de l’Aménagement du territoire: «établir un budget annuel carbone afin de faire le lien entre l’empreinte carbone d’un bâtiment et les objectifs sectoriels nationaux; évaluer les projets de construction et de rénovation sur la base des données existantes et élaborer des solutions de décarbonation afin de combler les écarts relevés.»

Le tout en gardant un œil très attentif sur l’évolution de la situation en termes de disponibilité du matériau bois. «Des études montrent que les forêts ne vont bientôt plus être capables d’absorber tout le CO2 qu’elles émettent globalement. Il est donc capital de préserver les forêts.»

«Préserver le bois dans son environnement naturel, sur pied, est aussi important que de le couper.» (Régis Bigot, Neobuild)

Ce Wood Cluster Forum a également permis de mettre en lumière certaines réalisations remarquables de bâtiments bois dans l’ensemble du pays.

Le quartier urbain sous le prisme de la construction bois a également été présenté sur l’ancien site industriel d’Esch-Schifflange (Metzeschmelz). Un quartier circulaire par excellence qui privilégie la réutilisation de bâtiments et de matériaux existants en leur affectant de nouvelles fonctions. Un soin tout particulier est également apporté aux flux des ressources pour les optimiser. Avec deux objectifs chiffrés: 50% d’acier réutilisé en provenance de la démolition des anciens bâtiments et un taux d’utilisation de matériaux biosourcés durant la phase de construction, à comparer à la moyenne nationale généralement observée de 12%.

Photos: Erelis

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