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Le train de l’économie circulaire est en marche. Cette affirmation, qui n’étonne plus personne aujourd’hui, est également le titre de la dernière publication « Actualités & Tendances »  de la Chambre de commerce présentée le lundi 8 juillet.

Sous la plume de l’économiste Hoai Thu Nguyen Doan, la publication analyse, sur une cinquantaine de pages, les tenants et les aboutissants du mouvement de transition vers une économie circulaire. Il s’agit à la fois de redynamiser l’économie et la société, tout en répondant aux problématiques les plus urgentes d’ordre environnemental.

«Contrairement aux idées reçues, l’économie circulaire est un concept plutôt ancien. La notion de déchets n’est apparue que très récemment, avec le développement de la société moderne de consommation» a tenu à rappeler Mme Nguyen Doan. «L’économie circulaire était déjà pratiquée dans le cadre de nombreuses activités de l’ère préindustrielle, visant, par économie de ressources, à maintenir les matières premières le plus longtemps possible dans le circuit économique.»

Le document de la Chambre de commerce propose un ensemble de recommandations permettant d’envisager la réussite du processus de transition vers l’économie circulaire. Ces mesures tournent autour de cinq secteurs prioritaires : les matières plastiques, les déchets alimentaires, les matières premières critiques, la construction et la démolition et, enfin, la biomasse et les bioproduits.

Remise en cause

«Il faut s’interroger sur notre façon de concevoir l’économie, sur l’efficacité de nos systèmes économiques et surtout la résilience et la pérennité de ces modèles économiques», prévient Marc Wagener, chef économiste à la Chambre de commerce. «La transition vers l’économie circulaire suppose une remise en cause de certaines habitudes de consommation, de vie. Cette transition dépend de la bonne volonté de tout le monde: société civile, entreprises, autorités publiques, mais aussi de leur capacité à travailler ensemble.»

Rappelant que le programme gouvernemental de coalition présenté en décembre dernier comporte une trentaine de points en relation avec l’économie circulaire, Hoai Thu Nguyen Doan insiste sur le fait que «le rôle des autorités publiques est crucial, car elles ont une vue globale de la situation».

Sur ce plan-là, Christian Tock, Directeur des Technologies durables au ministère de l’Économie, n’a pas manqué de rappeler tout ce qui a été entrepris depuis la publication, en 2015, de la première étude nationale sur l’économie circulaire. «L’évolution sur ces quatre dernières années est positive», a-t-il expliqué lors de la table ronde qui a illustré la présentation du rapport de la Chambre de commerce. «Le fait que nous soyons aussi nombreux, aujourd’hui, pour assister à cet événement, est une illustration concrète. Nous n’avons peut-être pas été les premiers à se lancer dans cette réflexion, mais nous avons un atout que l’on ne retrouve pas forcément ailleurs: la prise de conscience est vraiment générale et tous les grands acteurs concernés ont montré leur grand intérêt à travailler sur le sujet. Plusieurs ministères sont par ailleurs directement impliqués, et non pas un seul comme dans beaucoup d’autres pays. De toute façons, c’est tout un système qui doit évoluer: marchés publics, production, finances, assurances,… tout doit changer en même temps, sinon on n’y arrivera pas.»

Convaincre le grand public

La commune de Wiltz, dans le nord du pays, au cœur des Ardennes, constitue un laboratoire grandeur nature de ce qu’il est possible de mettre en œuvre en matière d’économie circulaire. Elle a été désignée en 2015 «hotpsot communal de l’économie circulaire». «Après avoir connu quelques années économiquement difficiles, nous nous sommes dits que ce serait une chance d’être la première commune à s’avancer sur un chemin que les autres, dans quelques années, seront obligés de suivre», a résumé Pierre Koppes, échevin de Wiltz, en charge du développement de l’économie circulaire. «Nous avons conçu et signé, en 2018, une charte d’engagement pour l’économie circulaire, approuvée à l’unanimité du conseil communal. Cela permet de garantir que la démarche se poursuivra même si les partis politiques dirigeant la ville devaient changer après les prochaines élections».

Pour l’heure, beaucoup de projets, aussi bien dans le domaine du logement que des zones d’activités, sont en cours. «Nous en avons beaucoup en parallèle. D’ici à un an, nous aurons des résultats concrets à présenter.» La commune réfléchit, par exemple, à intégrer systématiquement des critères de développement durable dans les soumissions publiques. «Mais un des plus grands défis reste de convaincre le grand public, les citoyens. Nous préparons d’ailleurs un hub dédié, un lieu ouvert pour présenter en toute transparence tout ce qui se fait dans la commune et inciter les citoyens à s’engager sur cette voie-là.»

Sur le terrain, entreprises et instituts de recherche planchent sur le sujet depuis quelques années. Le Luxembourg Institue of Science and Technology (LIST), par exemple, est impliqué dans plusieurs projets touchant à différents aspects du sujet. «La recherche peut être d’une grande aide pour bien et mieux prendre en compte tous les paramètres de développement durable qui interagissent», a expliqué Sébastien Zinck, Senior R&D Engineer spécialisé en économie circulaire au LIST. «La digitalisation doit être mieux utilisée., mais il faut rester vigilent sur l’impact sur l’environnement et sur les sources d’énergie de telles solutions. Il faut trouver un juste équilibre entre cet impact et la valeur ajoutée de l’ensemble du système. Il faut évidemment éviter un effet rebond, mais surtout faire en sorte que l’humain reste bien au centre des décisions prises.»

Les entreprises sur le pont

Quelques entreprises sont déjà bien avancées dans la réalisation concrète d’approches circulaires. La société de peintures Robin, par exemple (à qui a été confiée, par ailleurs, la décoration du pavillon luxembourgeois de l’exposition universelle Dubaï 2020) ont commencé, dès le début des années 2000, à se tourner vers l’utilisation de peintures à l’eau. «Mais même là, il reste encore une base solvant», explique Gérard Zoller, le CEO de Robin. «C’est pourquoi depuis 2014, nous travaillons sur des peintures à base naturelle et nous avons par exemple développé, en coopération avec des agriculteurs luxembourgeois et le syndicat des eaux, des peintures à base d’huile de lin. Nous sommes aussi en train d’étudier, avec la SuperDrecksKëscht comment valoriser les quelque 1.000 tonnes de peintures récupérées chaque année et destinées à être incinérées.»

Chez ArcelorMittal, aussi, la problématique est au cœur des réflexions et des actions du géant sidérurgique mondial. «Avec une production annuelle de 2,2 millions de tonnes, nous travaillons en continu pour réduire directement l’impact environnemental de cette production», assure Marion Charlier, ingénieure de recherche chez ArcelorMittal.

Et de citer l’exemple du démontage du pont métallique d’Esch-Schifflange, 90 ans après sa construction en 1927, et dont les pièces ont été refondues dans les fours électriques de Belval ; ou encore la récupération de l’énergie générée par les fumées qui sortent de l’usine de Belval, à 400 degrés, pour alimenter le réseau urbain d’eau chaude.

«Nous avons également développé le principe de location de palplanches qui sont utilisées sur les chantiers de manière temporaire, les entreprises de construction n’ayant pas la possibilité de les garder en stock. Nous pouvons ainsi réutiliser 10 fois ces poutrelles sur une période de 15 ans.»

Tous concernés

Pour Mme Charlier, pas de doutes : «Le Luxembourg a toujours pu s’adapter face aux changements de la société et le pays peut devenir un vrai laboratoire de solutions innovantes et durables. Il faut désormais créer un relais de croissance économique, tout en étant en phase avec les attentes. Cela nécessite un cadre clair et une bonne communication entre tous les acteurs de tous les secteurs».

Le Luxembourg EcoInnovation Cluster, géré par Luxinnovation, constitue un point de rencontre entre les différents acteurs économiques du pays impliqués dans ces thématiques, qu’ils soient privés ou puiblics. « La mise en pratique concrète des concepts d’Economie Circulaire peut se réaliser dans différents secteurs prioritaires et porteurs, dont on retrouve mention dans le bulletin ‘Actualités & Tendances’ de la Chambre de Commerce. Celui de la construction y figure en bonne place», constate Charles-Albert Florentin, le manager du cluster EcoInnovation. Les concepts de démontabilité, de flexibilité, de matériaux C2C ou encore de déconstruction sélective sont en effet des aspects essentiels qui doivent être pris en compte dans le développement de nouveaux quartiers et de nouvelles habitations adaptées aux exigences futures.»

L’appel à toutes les bonnes volontés et la nécessité d’avancer, tous, dans la même direction, est ce qui ressort clairement des échanges intervenus lors de cet événement. «La transition vers une économie plus résiliente demande la bonne volonté et la participation de tous», a conclu Hoai Thu Nguyen Doan. «Le train de l’économie circulaire est en marche et il n’est pas trop tard pour monter à bord et en faire un succès.»

Photos : Chambre de Commerce

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